Les classifications mondiales de la finance durable s’inspirent-elles toutes du modèle européen ?
La finance durable cherche à orienter les investissements vers des activités respectueuses de l’environnement et du climat. Pour y parvenir, l’Europe a mis en place un système de règles précises, appelé classification européenne, qui définit quelles activités économiques peuvent être considérées comme durables. Ce système repose sur des critères techniques stricts. Il exige notamment que chaque activité apporte une contribution significative à au moins un objectif environnemental, sans nuire aux autres. Cette approche rigoureuse est aujourd’hui reprise par plusieurs pays, mais avec des adaptations locales.
Une analyse récente compare la classification européenne avec celles d’autres pays comme l’Afrique du Sud, la Colombie, la Thaïlande ou encore la Corée du Sud. Elle révèle que la plupart des classifications partagent des objectifs similaires, comme la lutte contre le changement climatique ou la protection de la biodiversité. Cependant, toutes n’appliquent pas les mêmes exigences. Par exemple, certaines omettent de vérifier que les activités ne causent pas de dommages importants à d’autres aspects de l’environnement, ce qui peut favoriser l’écoblanchiment, c’est-à-dire le fait de présenter une activité comme plus verte qu’elle ne l’est réellement.
La classification européenne se distingue par sa méthode détaillée et neutre sur le plan technologique. Elle ne privilégie aucune solution en particulier, ce qui permet d’inclure des innovations et d’éviter d’exclure des technologies prometteuses. Certains pays, comme l’Afrique du Sud, ont même amélioré certains critères européens pour les rendre encore plus ambitieux. En revanche, d’autres classifications, notamment en dehors de l’Europe, manquent parfois de précision. Elles peuvent se contenter de lister des activités considérées comme vertes, sans analyser leurs impacts réels ou leurs effets secondaires.
Pour que ces systèmes soient efficaces et comparables à l’échelle internationale, il serait utile d’harmoniser leurs structures et leurs définitions. Une meilleure coordination permettrait aux investisseurs, aux entreprises et aux régulateurs de travailler avec des références communes. Cela faciliterait aussi la transition vers une économie plus sobre en carbone et plus respectueuse des ressources naturelles.
L’énergie est un secteur clé dans cette transition. Les classifications examinent notamment comment produire et distribuer de l’électricité de manière durable. Là encore, les approches varient. Certaines imposent des seuils stricts d’émissions de gaz à effet de serre, tandis que d’autres se montrent moins exigeantes. Ces différences compliquent les comparaisons entre pays et peuvent freiner les investissements transfrontaliers dans des projets véritablement durables.
L’enjeu est donc double : conserver une certaine flexibilité pour s’adapter aux réalités locales, tout en renforçant la cohérence entre les classifications. Cela passerait par l’adoption de critères techniques robustes et par une gouvernance plus transparente. L’objectif est de garantir que les financements soutiennent réellement des activités bénéfiques pour la planète, sans laisser de place aux abus ou aux interprétations trop larges. La classification européenne, souvent citée en exemple, pourrait servir de base pour construire cette harmonisation, à condition que chaque pays accepte d’aligner ses règles sur des standards communs.
Crédits
Étude source
DOI : https://doi.org/10.1007/s10098-025-03384-6
Titre : Classification of the EU taxonomy for sustainable activities among other sustainable finance taxonomies worldwide
Revue : Clean Technologies and Environmental Policy
Éditeur : Springer Science and Business Media LLC
Auteurs : Sarina Achterfeldt; Marzia Traverso