Les maladies cardiovasculaires nécessitent une prévention plus large dans les pays à revenus faibles et intermédiaires
Les maladies cardiovasculaires restent la première cause de mortalité mondiale avec plus de 20 millions de décès chaque année, dont les trois quarts surviennent dans les pays à revenus faibles et intermédiaires. Pourtant, les stratégies de prévention actuelles se concentrent principalement sur des outils d’évaluation du risque à court terme, conçus pour des populations de pays riches. Ces méthodes identifient une petite partie des individus à haut risque, mais ignorent une réalité troublante : plus de 40 % des événements cardiovasculaires, et même plus de 50 % dans les pays à revenus faibles, touchent des personnes classées à risque faible ou intermédiaire.
Ce paradoxe s’explique par le fait que la majorité de la population se situe dans ces catégories de risque modéré. Dans ces régions, les déterminants sociaux, environnementaux et biologiques s’accumulent tout au long de la vie, sans être pleinement pris en compte par les modèles traditionnels. Les populations y sont souvent exposées à des conditions défavorables comme la malnutrition, un accès limité à l’éducation, ou encore des environnements pollués, qui influencent durablement la santé cardiovasculaire. Le stress chronique, l’insécurité économique et la précarité des soins aggravent également cette vulnérabilité, souvent bien avant que les facteurs de risque classiques, comme l’hypertension ou le diabète, ne se manifestent.
Les outils actuels, basés sur des données recueillies dans des pays riches, ne reflètent pas la diversité des contextes locaux. Par exemple, l’urbanisation rapide et le vieillissement de la population dans les pays à revenus faibles s’accompagnent rarement d’une amélioration des infrastructures de santé préventive. Résultat : les événements cardiovasculaires y sont plus fréquents et plus précoces, mais les systèmes de soins peinent à les anticiper.
Une prévention plus efficace devrait intégrer une approche globale, combinant évaluation du risque sur l’ensemble de la vie, prise en compte des déterminants sociaux et environnementaux, et stratégies populationnelles. Agir tôt, avant que les dommages vasculaires ne deviennent irréversibles, est essentiel. Cela ne signifie pas prescrire systématiquement des médicaments à tous, mais plutôt cibler les comportements modifiables et les causes profondes, comme la pollution, l’alimentation déséquilibrée ou le manque d’activité physique.
Les politiques publiques ont aussi un rôle clé à jouer. Améliorer l’accès à une alimentation saine, réduire la pollution, ou encore renforcer les soins primaires et les programmes communautaires pourrait avoir un impact majeur. Des solutions simples, comme les polypilules ou les plateformes de santé mobile, ont déjà démontré leur efficacité pour élargir l’accès aux soins dans des contextes limités en ressources.
En somme, une prévention cardiovasculaire plus inclusive et anticipée, alignée sur les réalités locales, permettrait de réduire significativement le fardeau de ces maladies là où il est le plus lourd.
Crédits
Étude source
DOI : https://doi.org/10.1186/s12982-026-02416-w
Titre : Rethinking cardiovascular prevention beyond short term risk scores in low and middle income countries
Revue : Discover Public Health
Éditeur : Springer Science and Business Media LLC
Auteurs : Stefano Cacciatore; Domenico Mario Giamundo; Luigi Spadafora; Marco Bernardi; Michele Golino; Stefano Figliozzi; Francesco Perone; Giuseppe Biondi-Zoccai; Michael D. Shapiro; Pierre Sabouret; Emanuele Marzetti; Francesco Landi; Matteo Tosato